16 mars 2026, discours lu sur la tombe de Victor GRIFFUELHES à Saclas

Ce 16 mars 2026 devant la tombe de Victor Griffuelhes à Saclas, nous venons rappeler notre appartenance au texte dont il est coauteur, la « Charte d’Amiens ».
120 ans qu’elle est notre boussole.
En cette année 2026, nous l’affirmons, il avait bien raison de confirmer l’importance de l’indépendance. Nous n’avons rien à voir ni avec les partis politiques, ni avec les religions, ni avec le patronat.
Indépendance vis-à-vis :
- Des partis politiques qui « gèrent » l’intérêt général, alors que nous défendons l’intérêt particulier des travailleurs, exclusivement. Nous le savons, l’intérêt général pondère souvent nos attentes voire plus, et on a pu le vérifier avec le contenu des derniers budgets pour notre Sécurité Sociale et celui de l’Etat qui frappe la population en diminuant nos services publics.
Oui depuis 1995, les Gouvernements se mêlent de ce qui ne les regarde pas. La gestion de notre Sécu. Ce sont 260 milliards offerts en 2023 au patronat. Combien depuis ces dernières décennies ? Ils nous font subir l’austérité alors que nous avons les moyens de vivre dans une société d’abondance…
- Des religions, qui ne regardent que ceux qui y croient. C’est le sens de la loi sur la Laïcité « la République chez elle, les religions dans leurs églises. ». Loi votée une année avant la Charte d’Amiens… comme quoi.
Le cléricalisme est une idéologie qui privilégie les idées religieuses et le clergé dans la société et la politique. N’oublions pas que Rerum Novarum, encyclique de Léon XIII, qui veut imposer une vision corporatiste, était la source d’inspiration de Pétain, Mussolini et Franco pour la rédaction de leur Charte du travail respective et par la même occasion l’interdiction des syndicats de travailleurs pour les remplacer par des organisations corporatistes mêlant patrons et travailleurs. La négation absolue de la lutte des classes. Devons-nous rappeler qui a bénéficié largement de la collaboration ? Nous, nous étions rentrés dans la résistance sous le nom de « Résistance Ouvrière » pour devenir en 1947, la CGT-Force Ouvrière. Toute attaque contre les organisations syndicales est une mise en œuvre de cette vision fascisante.
- Le Patronat, en particulier dans la dernière période, bénéficie de tout cela. Au nom de l’intérêt général, on chasse les chômeurs de l’assurance chômage. On traque les assurés sociaux qui seraient quasiment tous des fraudeurs potentiels… Mais les gouvernements successifs depuis des décennies offrent des cadeaux fiscaux et des exonérations du financement de notre protection sociale. Cadeaux compensés en partie par la TVA, impôt le plus injuste qui pèse le plus sur la classe ouvrière. Sans oublier toutes les fraudes fiscales, sociales à des hauteurs considérables organisées par une partie du patronat sous le regard indifférent des pouvoirs publiques.
Nous ne sommes pas apolitiques et nulle part dans la Charte d’Amiens cette idée prend forme.
Bien au contraire, elle nous invite à l’indépendance pour se déterminer nous-mêmes. Seuls les intérêts particuliers des travailleurs comptent pour nous.
Au niveau local, national et international, nous devons faire entendre notre voix, car la classe ouvrière est internationale. L’Histoire de notre organisation syndicale l’a démontré avec notre participation à la co-construction du BIT, de la CISL… et notre opposition contre le nazisme, le fascisme et le stalinisme, depuis toujours et c’est la cause de notre existence, nous la CGT-FO.
Oui, nous sommes pour le Pain, la Paix et la Liberté pour tous les travailleurs et leurs familles dans le monde entier et en particulier, en ce moment, ceux qui sont bombardés, privés de soins, de liberté, de pain… de paix. Ils sont nos frères, ils sont nôtres. C’est la classe ouvrière.
C’est bien pour cela que notre Camarade Léon JOUHAUX a obtenu le prix Nobel de la paix. Militant qui aura été Secrétaire Général de la vieille CGT pendant 38 ans et cheville ouvrière de la construction de plusieurs structures internationales pour la défense de la classe ouvrière… rien que cela.
N’oublions pas sa femme, Augusta JOUHAUX [née BRUCHLEN Augustine], qui œuvra dans la continuité de Léon pour représenter notre organisation au sein du bureau parisien du BIT.
Pourquoi le choix du 16 mars ?
Le 16 mars 2014, c’est aussi, la perte d’un camarade… Marc Blondel militant sur les traces de Léon JOUHAUX et dans le cadre de la Charte d’Amiens de Griffuelhes. Ils sont tous les 3 sur la médaille qui fêtait le 100ème anniversaire de la CGT-FO.
Ils étaient réunis sur cette médaille avec Robert Bothereau et André Bergeron.
Blondel, c’était aussi l’artisan des grèves de 1995 pour la défense de la Sécurité Sociale avec la célèbre poignée de mains entre lui et Louis Viannet. Comme quoi devant l’adversité l’unité sait se construire sans attendre une grande intersyndicale stérile. La CFDT était clairement à sa place, avec le gouvernement Juppé.
Notre Camarade Blondel était très impliqué au niveau international.
Au BIT (Bureau international du travail) comme « porte parole des travailleurs (c’est à dire de l’ensemble des organisations syndicales françaises) pendant vingt ans. Il porta plainte au BIT, en 1980 comme « délégué des travailleurs », contre le général Jaruzelski, pour soutenir le syndicat Solidarnosc interdit en Pologne.
Blondel avait été vice-président de la FIET (Fédération internationale des employés, techniciens et cadres), vice-président de la CES (Confédération européenne des syndicats), vice-président de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres).
L’indépendance syndicale lui tenait à cœur et lors d’une interview il indiqua que si un parti qu’il soutenait avec un programme qui répondrait à ses attentes, le lendemain, il revendiquerait.
En 2013, Blondel était président de la Fédération nationale de la Libre pensée.
Pour Griffuelhes, sa vision de l’internationale était que « La France syndicale n’a jamais songé à contester aux partis politiques le droit de se réunir internationalement, mais elle affirme le droit pour la classe ouvrière d’avoir à son tour, et en pleine indépendance, des rapports internationaux. … »
Entre les deux tours des élections municipales rappelons-nous que pour Griffuelhes : « Ouvrier j’étais, ayant puisé dans une existence souvent fort difficile, dans des privations multiples le désir d’y mettre fin ; salarié j’étais, ayant à subir l’exploitation du patron et souhaitant ardemment d’y échapper. Mais ces désirs et ces souhaits ne pouvaient se concrétiser en une action continue qu’avec le concours des hommes astreints au même sort que moi. Et j’ai été au syndicat pour y lutter contre le patronat responsable direct de mon asservissement et contre l’État, défenseur naturel, parce que bénéficiaire, du patronat ».
Oui seule l’émancipation totale permettra aux travailleurs d’obtenir satisfaction.
Merci Victor, Léon, Robert, André et Marc, merci Camarades, pour avoir défendu nos valeurs et nos principes.
A nous d’œuvrer pour que la CGT-FO reste un outil pour la classe ouvrière. Qu’elle soit porteuse de revendications pour la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs, pour la fin du salariat.
Il est important de se rappeler tout cela à la veille d’un congrès confédéral de la CGT-FO, au regard de la situation économique, sociale, où la paix est menacée.







