AESH : FO appelle à une journée nationale de mobilisation le 5 novembre

AESH : FO appelle à une journée nationale de mobilisation le 5 novembre

Les AESH, dont la mission est d’accompagner les élèves en situation de handicap, sont toujours en effectifs insuffisants dans les établissements scolaires. Le recrutement de tels personnels demeure difficile alors qu’ils sont sous-payés, que beaucoup de leurs droits sont niés et que leurs conditions de travail se dégradent. Face à cette situation inacceptable, la fédération FNEC FP-FO, lance une journée nationale de mobilisation le 5 novembre, avec la montée de ces personnels à Paris.

La Conférence nationale du handicap, réunie le 4 septembre, a réitéré une promesse : garantir la scolarisation de chaque enfant au sein de l’école. Mais, sur le terrain, les effectifs AESH, ces professionnelles (les AESH sont en grande majorité des femmes) permettant une inclusion effective manquent cruellement. Comme à chaque rentrée, on manque d’accompagnantes car on a du mal à recruter, explique Maxime Sanchez pour la FNEC FP-FO. Il faut dire qu’entre les conditions de travail dégradées et la rémunération au rabais, difficile d’attirer les candidats et candidates.

Ce manque se fait d’autant plus ressentir que les « Pôles d’appui à la scolarité » ont été imposés, malgré un rejet par l’Assemblée. Et ils vont à l’encontre des revendications des personnels. Ce dispositif implique en effet la réduction de l’accompagnement des élèves par les AESH en contournant les notifications des MDPH (maison départementale des personnes handicapées). FO, qui se bat pour les droits des AESH, appelle ces personnels à une mobilisation nationale le 5 novembre. Nous avions déjà lancé deux mobilisations en 2025 où des milliers d’AESH étaient venues à Paris. Dans les départements, au sein des établissements scolaires, les militants préparent cette journée de grève assortie d’une manifestation nationale à Paris. Nous travaillons aussi avec les personnels du secteur médico-éducatif car eux aussi sont concernés par la question de l’école inclusive.

Une négation des droits

Parce qu’elles travaillent sur des volumes horaires décidées par les MDPH, les AESH subissent un temps partiel imposé. Mais elles subissent aussi une mutualisation au détriment de la qualité de leur travail. Autrement dit, une AESH peut s’occuper de plusieurs enfants dans la même classe, le même établissement ou la même ville. On a eu des cas où une AESH seule avait la charge de 13 élèves. Comment bien les accompagner dans ces conditions ?, interroge Maxime Sanchez.

L’Éducation nationale, employeur des AESH, ne cesse de piétiner leurs droits, notamment celui des jours de fractionnement. Alors que les AESH peuvent choisir de bénéficier de 2 jours supplémentaires de congés par an, sans justification, ce droit est loin d’être appliqué dans toutes les académies. Et le ministère n’a toujours pas mis en place la subrogation, ce qui place les AESH en arrêt maladie dans des situation financière parfois terribles. Une nouvelle fois le ministère nous donne raison (sur les jours de fractionnement, Ndlr) et s’engage à intervenir auprès des académies pour que ce droit soit respecté. FO prend acte de l’engagement et ne lâchera rien sur ce point ! note la FNEC FP-FO

Nous avons aussi eu des alertes quant au temps partiel thérapeutique (reprise ou poursuite d’un travail avec un temps de travail réduit, Ndlr), indique Maxime Sanchez. Mais, sachant que le temps complet qu’elles effectuent est en fait un temps partiel, imposé, elles se retrouvent dans le cadre du temps partiel thérapeutique avec une possibilité limitée à six heures, explique le militant. On leur dénie complètement ce droit !

Une rémunération toujours aussi indigne

Conséquence par ailleurs de la revalorisation du Smic, la grille des rémunérations de ces accompagnantes se retrouve encore plus tassée, faute de revalorisation globale. C’est notamment le cas pour les trois premiers niveaux qui se retrouvent à l’indice 380, explique le militant. On se retrouve donc avec des professionnelles ayant six ans d’ancienneté mais qui ont le même salaire que celles qui viennent de débuter. Et à noter qu’il ne faut pas moins de 30 ans d’ancienneté avant d’atteindre le plus haut niveau de la grille, ce qui représente 410 euros bruts supplémentaires, cela amenant à un salaire mensuel d’environ 900 euros. FO exige une revalorisation globale afin d’arrêter que ces personnels courent après le Smic.

La fédération FO s’est aussi battue pour que ces professionnelles de l’éducation puissent toucher les primes Rep (en zone d’éducation prioritaire). Nous avons porté plus de 300 dossiers devant le tribunal administratif, explique Maxime Sanchez. Mais le problème c’est que cette indemnité est fiscalisée. Lorsque les AESH la perçoivent, elles perdent des aides sociales, et au final du pouvoir d’achat. Un paradoxe de plus dans le sort réservé à ces professionnelles, toujours contractuelles.

Le refus d’un statut au rabais

Les problématiques relatives aux AESH sont nombreuses et connues de tous, y compris de l’Éducation nationale. La solution qui est proposée par le gouvernement consisterait en un statut pour les AESH tel que préconisé par un rapport de l’IGESR et l’IGAS. Mais pas question d’une mise sous statut de fonctionnaire, les inspections générales estimant que l’AESH dans sa fonction d’accompagnement ne peut exercer à temps complet explique le militant. Elles proposent de créer un corps d’assistant d’accessibilité fonctionnaire de catégorie B à temps plein (soit 1 607h/an), comprenant un temps d’accompagnement non pas individuel mais collectif et d’autres missions complémentaires. L’entrée au sein du corps se ferait par concours mais seulement pour une partie des AESH… L’administration a précisé oralement que cela ne concernerait que 20 % des AESH, indique la FNEC FP-FO.

Pour Maxime Sanchez, ce serait aller vers une CdIsation qui implique une précarité à durée indéterminée. Or, l’enjeu est de ne pas accepter un statut au rabais !. Et le militant de poser une question cruciale : que proposer aux AESH qui ne seraient pas concernées par ce statut, soit 80% d’entre elles ? Le rapport ne propose qu’un statut quo. Et pour nous, cela est inacceptable.

La situation des AESH a aussi des incidences sur le sort réservé aux élèves qui devraient, selon notification, pouvoir bénéficier d’un accompagnement. L’année dernière, plus de 50 000 de ces élèves ne disposaient pas d’AESH à leurs côtés. Parmi ces enfants, plus de 30 000 sont en attente d’une place en dans un institut médico-éducatif, structure qui serait plus adaptée à leurs besoins. Voilà ce qu’est actuellement l’école inclusive à la française, dénonce Maxime Sanchez. On force les élèves à être scolarisés dans des classes ordinaires sans moyens ni accompagnement adéquat, cela au mépris de leur bien-être, de celles des professionnels et des autres élèves.

Chloé Bouvier

L’inFO militanteLe bimensuel de la Confédération